Scarabaeus laticollis

Julien Derestanques

Je me souviens de mon unique rencontre avec le scarabée bousier. C’était dans les Pyrénées.

 

Pendant le temps libre de mes vacances, je randonnais toute la journée chargé d’un sac trop lourd ; ce qui allait bientôt entraîner une sévère tendinite au genou droit.

 

Tête en bas, sur des sentiers creux et assez pentus, ils étaient deux à pousser leur petite boule de bouse qui se mettait parfois à dévaler très vite - ils essayaient alors de la suivre - sur quelques mètres ; elle s’immobilisait, ils la rejoignaient et l’entouraient de leurs pattes arrière afin de la diriger, leurs pattes avant leur servant à prendre appui sur terre.

 

La descente reprenait, hachée, zigzagante, chaotique ; pleine de rebondissements.

Leurs efforts parfois s’annulaient : les deux poussaient obstinément en sens opposés.

 

Dans la bataille, ils se retrouvèrent séparés. L’un des deux avait été éjecté dans l’herbe et semblait y avoir perdu son sens de l’orientation : sans raison apparente, il s’était mis à errer autour d’une petite motte d’herbe.

 

L’autre continua donc seul, redoublant d’efforts, poussant, poursuivant, précédant, rattrapant, remettant dans le bon chemin l’objet de toute son attention.

 

La boule brutalement freinée par une aspérité, il se trouva un court instant en son sommet, surpris et comme saisi d’une valse-hésitation.

 

En tomba piteusement presqu’aussitôt. Reprit de suite sa tâche.

 

Parfois la boule lui roulait dessus.

 

Ou à la pousser de toutes ses forces alors qu’elle était parfaitement bloquée,  il creusait et finissait par lui-même s’enterrer.

 

Mais son courageux entêtement n’était en rien absurde, ou vain : il finissait toujours par trouver une solution, contournant l’obstacle, modifiant de mystérieux équilibres, libérant encore une fois la sphère de merde sèche.

 

Laquelle regagnait joyeusement la pente.

 

 

 

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