Quelle est la critique la plus constructive qu'on a été amené à vous faire ?

On m’a dit : « Écoute José… si tu ne veux pas te soumettre et que tu te refuses à être réformateur eh bien jette-toi d’un pont ! »

Sinon on me torture souvent à la pause-déjeuner à propos de séries TV que je ne veux pas regarder mais qu’il faudrait absolument que je vois. On me dit « José, il faut que tu regardes cette série TV ! celle avec Matiou Macquonaguie ! »

 

Qu'aimeriez-vous faire une fois en poste ?

Devenir une petite plante.

 

Qu'attendez-vous de votre manager ?

Qu’il arrose la petite plante, et qu’il maltraite les femmes de ménage. Mais surtout, qu’il s’illustre lors des pots d’entreprise par ce phrasé chatoyant que tous nous adorons. J’attends qu’il bloque physiquement l’accès au buffet en pilonnant nos oreilles d’anglais d’entreprise et de saillies managériales inspirées de type : « Machin a été un agent d’accueil administratif admirable. Chez nous, à la Plateforme d’Aide aux Aidants-du-bien-vieillir, on regrettera beaucoup sa convivialité, son savoir-être... ».

Mais ce que je préfère encore c’est quand un manager fraîchement arrivé se fait un devoir de bien appeler tous les subalternes par leurs prénoms « ça va José ? », je me sens alors comme au salon de l’agriculture, quand les élus y viennent tapoter le cul des vaches. Dans la métaphore je suis la vache.

Si le manager ne me trouve pas assez performant-et-docile-et-motivé, il pourra toujours faire de moi un sujet d’étude ou, s’il a la flemme, la répulsion que je lui inspire le poussera peut-être au moins à lire les comptes rendus que les sociologues du travail rédigent pour le patronat _ ces traîtres. Je reste sa goule dévouée.

 

Comment comptez-vous entrer en interaction avec votre nouvel environnement de travail ?

Je compte m’assujettir à tout ce qui clignote, tout ce qui requiert un code d’accès, tout ce qui me demande « êtes-vous sûr d’être vous-même ? ». Si c’est un bureau je l’ornerai d’une photo de famille, si c’est un poste, je le parerai d’un porte-clefs religieux ou régional. Si c’est une chaire, je ne manquerai pas d’invoquer Marx ou Bernard de Mandeville.

 

Quels sont vos axes d'amélioration ?

Il faut que j’améliore mon développé-couché ; en ce moment je plafonne à 35/36 allers-retours maximum, ça me fait des fessiers trop laxes. Niveau cardio ça va mais je ne brûle toujours pas assez de calories. Vous avez une salle à la boîte ?

 

Quels sont vos moteurs professionnels ? Qu'est-ce qui vous donne envie d'avancer ?

Je suis une espèce de Sisyphe - en encore plus dépravé - je me persuade qu’au bout de la côte m’attend une salvatrice partie de pétanque.

 

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ?

J’espère économiser pour pouvoir faire des enfants, ça me fera un auditoire. Si mon salaire de racoleur associatif de rue pour Greenpeace ne me le permet pas, je pourrai toujours me reconvertir en homme sandwich polyvalent ; et après, Grévin, le Canada ou la Nouvelle-Zélande inch’allah, ha ha ! rire sardonique

 

Pourquoi devrions-nous vous choisir plutôt qu'un autre candidat ?

Parce que j’ai été classé troisième toréador le plus sexy du sud-ouest par Planète Corrida. Qu’à trois cents mètres je loge une balle dans un crouton de pain. Que j’ai le permis batmobile, et que je peux réparer les écrans d’IPhone par la pensée aussi facilement que ramoner les volcans.

Je maîtrise tous les outils bureaucratiques.

 

Êtes-vous revendable ?

Je trouve le chef un peu rosse pour quelqu’un qui s’apprête à me ferrer avec les habits de l’entreprise. Certes il aura déduit de la seule présence de mon petit corps que j’étais déjà vendable… mais si la valeur d’échange de ma réification l’interroge à ce point et qu’il ne se résout pas à me regarder les dents, prendre mon pouls et me peser, bref, à prendre la traite en main, et bien qu’il aille à Delphes et qu’il prenne son ticket comme tout le monde !

 

Quelle est votre philosophie au travail ?

Je dirais que ma philosophie au travail se résume à un classique mélange d’existentialisme et de pharisianisme. La demie-molle est la base de tout travail sérieux.

 

Que feriez-vous avec 200 000 euros ?

Omettant de pointer ce que mon cher bienfaiteur entend par là à savoir « que feriez-vous pour 200 000 euros ? » et m’abstenant évidemment de lui répondre « pour 200 000 euros je laperais goulument le sexe de mon patron jusqu’à ce qu’écœuré par une dévotion si scandaleusement canine il se refuse, au risque de contrevenir à la tradition, à me cracher à la figure », et bien je lui répondrais en toute sincérité qu’après avoir fait l’acquisition de la première voiture de ma future collection de voiture, j’irais bien sûr à Los Angeles ou à New York grossir les rang de nos courageux expats qui ne sont pas du tout des émigrés. Je fluncherais tous les jours.

 

Si je vous engueule, vous le prenez comment ?

Je réagis en adulte. Je sacrifie un chaton en l’égorgeant devant la porte de votre pavillon-en-crépi-saumoné-dégueulasse et je cloue la tête du chaton à la porte après avoir dessiné un pentacle caribéen qui vous maudit, vous et votre lignée, sur sept générations et vous condamne à trente-sept ans de malheurs sexuels tout en restant ouvert au dialogue.

 

Êtes-vous plutôt chasseur ou cueilleur ?

Plutôt Bartelby. La chasse c’est pour les fachos et la cueillette pour les tafioles. Tout le monde sait ça.

 

Quel est votre signe astrologique ?

Je suis grumpy-cat ascendant poule-naine angora, mais les astres ne m’en écoutent pas pour autant. La dernière fois que Saturne est entrée en conjonction avec Mars j’ai été poursuivi toute la nuit par des sophrologues zodiacolâtres. C’est dire si la voie lactée m’est favorable.

 

Pourquoi devrions-nous vous embaucher ?

M’embaumer ? Mais enfin…pour faire des bénéfices sur mon dos. Alimentaire mon cher Watson !!

 

Êtes-vous motivé ?

Absolument. Je suis motivé comme la France en 98. Comme Asselineau en 2017 « je me sens comme Madonna » bref comme un fou, comme un soldat ; comme un commerçant le lendemain d’un attentat qui continue de vendre pour « ne pas céder à la peur ».

 

Travaillez-vous durement ?

Très durement.

 

Aimez-vous le travail en équipe ?

J’adore. Je pense qu’ensemble tout est possible. Qu’à deux on va plus loin, et vice versa ; qu’à trois on va encore plus loin, qu’à quatre, c’est déjà la possibilité de deux pêches, d’une belote ou de quatre réussites et qu’à cinq le tarot n’en est que plus exaltant.

 

Si vous pouviez revenir dans le passé, feriez-vous différemment certaines choses ?

Le chef ne préfère-t-il pas attendre encore un peu avant de me forcer à répondre à des énoncés aussi indigents ? Il aura alors toute licence pour jouer ce dieu omnipotent qu’il semble vouloir incarner au travers de ce conte de fées débile. (Il s’adresse à l’enfant qu’il compte faire de moi. Lui en pourvoyeur rédempteur et moi en crapaud nécessiteux qui guette son petit bisou.)

 

Qu'aimez-vous le moins dans l'humanité ?

Je n’ai encore jamais pratiqué l’astro-tourisme ; je n’ai donc pas eu l’occasion de me frotter à une autre civilisation que l’humaine. Ceci-dit c’est vraiment charmant de me passer le coussin de la parole, je veux dire, de partager un peu de votre omniscience le temps de ce jugement de valeur qui de toute façon n’en aura aucune. Ç’aurait pu être « Diriez-vous qu’il fait beau aujourd’hui ? » ou encore « Le mariage gay : pour ou contre ? » mais le directeur de conscience éclairé aura préféré simuler un intérêt pour les banalités de base que je pouvais éventuellement servir. Très humain le partage.

 

Si vous étiez une boîte de céréales, laquelle seriez-vous et pourquoi ?

J’aurai beau m’identifier à la boîte de Corn Flakes low-cost la plus pourrie du fin fond de l’Europe de l’Est, le questionnaire pour enfant que l’on trouve généralement au dos de cette boîte resterait moins inepte et moins pédéraste que celui que vous avez rédigé ici à mon attention (à mon encontre).

 

Quels sont vos hobbies ?

J’adore les dauphins et les chevaux.

Sinon je collectionne les goodies de conseils municipaux, généraux, départementaux, communautés de communes, etc., vous savez, les mugs ou les casquettes avec marqué par exemple « Melun c’est déjà demain » ou « Niort : J'adore ! », ce genre de trucs.

 

Pourquoi pensez-vous être fait pour ce poste ?

Parce qu’on m’y prépare depuis le berceau, enfin, depuis que je suis propre.

 

Que disait de vous votre ancien manager ?

La larme à l’œil, les mains jointes autour de son verre de Captain Morgan il me disait : « José.., t’es le meilleur colistier que j’ai jamais eu… et Dieu sait que j’en ai managé des soubrettes ! puis en haussant le ton, le regard dans le vide en tapant du poing sur la table, Dieu sait que j’en ai levé des animatrices de réunions Tupperware ! » après il s’énervait puis se calmait en nous obligeant à écouter ses meilleurs anecdotes jusqu’à leurs chutes foireuses. Ma femme le trouvait très beau quand il s’épanchait.

 

Pourquoi avez-vous quitté votre poste précédent ?

On ne se comprenait plus lui et moi, quelque chose s’était brisé. On ne pouvait plus recoller les morceaux brisés. En fait, je crois que j’ai refusé de voir que j’étais amoureux d’un autre brisé et que ça a envenimé le poste.

 

Que savez-vous sur notre activité ?

Vous rémunérez la passivité des gens en leur faisant faire n’importe quoi pourvu que l’ordre soit maintenu.

 

Louis Pâris est un mangeur de pain standard.

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